Les
premières années
Né en 1976 au Maryland des Etats Unis, Tuesday
Warren commence ses études de piano à
l’âge de cinq ans et le saxophone à neuf. Il étudie
la musique classique et le jazz dans le cadre des groupes de musique
scolaires, jouant à la fois dans des ensembles et dans des
big bands.
Adolescent
encore, il est mené au Meyerhoff
Symphony Hall, à Baltimore, où il élargit
ces connaissances en musique classique en écoutant jouer les
grands musiciens qui passent en tournée.
Sa journée partagée entre l’école
et les répétitions, il passe ses soirées explorant
les nombreux clubs de Baltimore et de Washington, où il commence
petit à petit à jouer. Ces soirées l’initient
à une pléthore de nouvelles expériences mais
aussi à de nouvelles idées et tout d’abord à
la diversité musicale : c’est les racines du jazz -Washington
étant la ville originelle de Duke Ellington et Baltimore celle
de Billy Holiday- qui lui offrent un arrière plan chargé
de l’histoire du jazz et du Smithsonian Jazz Works Orchestra
; c’est le Be-bop et le Straight Ahead, joués partout
dans les clubs de jazz ; enfin, c’est la Fusion, très
populaire à Baltimore des années 1990.
Mais encore, c’est le nombre infini des musiciens
que Tuesday Warren fréquente et accompagne dans la musique,
et qui jouent du funk, du blues traditionnel ou du rock ; des musiciens
qui lui conseillent d’autres musiciens qu’il doit rencontrer,
d’autres musiques qu’il doit écouter, d’autres
clubs qu’il doit visiter ; des musiciens qui lui apprennent
la musique et l’histoire du jazz, mais aussi les techniques
pour mettre en place un groupe et pour le faire fonctionner…
Lauréat, depuis très jeune, de nombreux prix -y compris
de celui du meilleur soliste au Festival de Daytona Beach, à
Florida- il confirme définitivement sa passion pour la musique
en été 1993 à l’issue de sa tournée
en Europe avec le groupe de son lycée lors de laquelle il a
participé aux festivals de jazz de North
Sea et de Montreux.
Une fois rentré aux Etats Unis il apprend la clarinette et
la flûte, et se dédie au saxophone encore plus qu’avant
; il répète, il étudie, il transcrit et mémorise
la musique de Cannonball Adderley,
de Miles Davis, d’Art
Blakey… mais aussi celle de Chopin, de Beethoven,
de Barber ou de Débussy.
Ainsi,
lors de ses deux dernières années de lycée, Tuesday
Warren joue déjà en ouverture de concert pour des groupes
comme The Count Basie Orchestra
ou Maynard Ferguson.
Il est même sollicité pour participer à la production
d’un documentaire sur ce dernier.
La découverte
Son bac
obtenu, il passe une première année à Baltimore,
à l’Université de Towson
State, où il continue à enrichir ses connaissances
en harmonie, à la fois dans la musique classique et dans le
jazz. De plus en plus souvent il se rend à New York, pour suivre
de près l’actualité musicale, mais aussi pour
prendre des cours particuliers auprès de Gary
Smulyan et d’Ellery
Eskelin. Peu après, il intègre l’Université
William Paterson, pour être plus proche de New York.
La vie
à William Paterson est pour lui une véritable immersion
dans la musique. En plus de ses études privées auprès
de Gary Smulyan, et des cours d’harmonie et exercices d’écoute
prévus normalement dans le programme universitaire, il y a
aussi les séances collectives d’échange
avec les autres étudiants : ces derniers se retrouvent chaque
soir, pour répéter et jouer ensemble, mais aussi pour
échanger leurs connaissances apprises dans la journée,
ce qui permet à chacun d’apprendre indirectement aussi
par les professeurs des autres. Et tout cela vient s’ajouter
à l’expérience absolument enrichissante qu’est
en soi la ville voisine de New York.
C’est pendant cette période alors, d’intense échange
et exploration, que Tuesday Warren découvrira la musique de
Jan Garbarek et le label ECM. C’est aussi le moment où
Witchi-Tai-To et Folk
Songs l’attireront vers une nouvelle orientation.
Maintenant il commence à travailler avec une structure harmonique
plus simple, qui valorise la sonorité. Sur ce style plus mélodique,
il s’expérimente avec des formes plus ouvertes en intégrant,
tant dans sa façon de jouer que dans ses compositions, aussi
des éléments de musique classique : un impact très
fort sera ainsi créé dans sa musique, en même
temps que son expression musicale deviendra beaucoup plus personnelle
et identifiable.
Mouvement et créativité
L’été 1997 passé en France
-saxophone et sac à dos-, suivi d’un bref séjour
sur un bateau de croisière avec orchestre de jazz, Tuesday
Warren part joindre un ami à Florence ; une visite qui s’avèrera
être le début d’un voyage sans fin…
Une fois
à Florence il intègre rapidement la scène musicale
de jazz et presque aussitôt est invité à accompagner
le piano des Figura Brothers
pour l’enregistrement de leur premier album. Pendant qu’il
continue à travailler sur ses nouvelles approches musicales,
il met en place un trio avec lequel il travaille régulièrement.
Le séjour
à Florence est suivi d’un autre séjour, à
Nice. Initialement prévu pour trois petites semaines, celui-ci
s’est avéré pour lui une expérience de
vie : une rencontre accidentelle du premier jour après son
arrivée, et une proposition de travail, font qu’il devienne
bientôt connu des musiciens de Nice et, vite affirmé
dans ce cercle clos, il joue presque tous les soirs, dans des bars,
des clubs, des restaurants ou des fêtes privées, avec
des bandes variées. A la fin des soirées, on le retrouve
le plus souvent en compagnie des membres du groupe de Jean
Marc Jaffy et de nombreux autres musiciens.
Quelques
mois passés ainsi à Nice, Tuesday Warren accepte une
invitation et monte en Norvège. C’est là qu’il
met en place son premier véritable groupe destiné à
jouer ses propres compositions. En automne 1999 il compose un projet
intitulé Ten Poems of Hope,
y intégrant ses nouvelles idées qui ont immédiatement
créé une vive répercussion tant auprès
des musiciens que du public norvégiens, mais qui ne devaient
être enregistrées que plusieurs années plus tard.
Entre temps, il continue à jouer des standards de jazz ; il
a même partagé la scène avec Eivin
Sannes, ancien « sideman » de Dexter
Gordon et de Stan Getz.
Après
le succès de ses premières créations, il démarre
aussitôt avec un second projet, qu’il va appeler Songs
From the Bottom of the Wishing Well. La musique cette
fois est inspirée d’un petit livre avec le même
titre, qu’il est en train d’écrire en même
temps. Les nouvelles compositions incorporent une structure sensiblement
plus vaste, utilisant plusieurs mélodies pour chacun des morceaux,
et s’appuient sur des formes empruntées surtout à
la musique classique. De cette manière le jeune compositeur
se donne enfin la possibilité à la fois de développer
pleinement ses idées et de créer un impact encore plus
fort dans sa musique : ses créations se structurent sur une
gamme musicale plus large que la traditionnelle des 32 mesures, alors
que la musique se déploie sur un fond de dynamiques, de tempos,
de ‘couleurs’ et de phrasés diversifiés,
permettant plus de créativité et de liberté aux
musiciens, tout en restant aussi strictement structurée.
Prochain
arrêt pour Tuesday Warren : Paris, où il atterrit en
automne 1999 pour se retrouver au centre d’une autre diversité
musicale. Maintenant il est appelé à jouer de tout :
du jazz de New Orleans, du Straight Ahead, du Groove, du jazz manouche
ou encore des standards classiques, et ceci dans une diversité
infinie de contextes, allant des clubs, des pubs et des restaurants,
jusqu’aux hôtels, aux péniches ou aux châteaux
privés. Ses horizons s’ouvrent, de nouvelles rencontres
musicales y apparaissent, et lui, actif et réceptif, ne cesse
pas de tourner et de jouer : en France, en Irlande ou aux États
Unis, il se produit aux côtés de la chanteuse Madeleine
Peyroux, avec le groupe The
Lost And Wandering Blues And Jazz Band, avec
Chris Cody, Jeff Hallem, Chris Jennings, Sean Gourley, Gille Clément,
David Georgelet, Sandro Zerafa, Emmanuel Brunet, Yoni Zelnik, Benoist
Raffin, Rémy Decormeille, Sylvain Clavier, Dominique Lemerle,
François Homps, George Wolfheart, Guido Zorn, Guillaume Nouaux,
Ianick Tallet, Ivan Rechard, Joachim Florent …
C’est
à ce moment aussi, qu’il se plonge dans Medea’s
Dance of Vengeance et les 3
Essais de Samuel Barber. Expérimentant avec les
différentes techniques et possibilités de composition,
il apprend à écrire dans un style plus classique, et
commence à mettre en place ce qui allait devenir une trilogie
de larges compositions pour un quartet. Celles-ci alternaient des
parties entièrement écrites, avec des parties complètement
improvisées, le tout dans une manière de formation des
phrasés presque classique et qui finalement créait un
son très unique dans le contexte d’un quartet de jazz.
Les trois morceaux intègrent l’utilisation de motifs,
qui apparaissent et disparaissent au gré du jeu des quatre
musiciens, chacun d’une façon différente, en forme
de mélodies complètes qui se développent sous
différents aspects au travers de la composition. La musique
cette fois est intégralement écrite sur le papier, même
pour la partie batterie, obligeant les musiciens à modifier
leur approche dans la manière de jouer et leur ouvrant un nouveau
champ de possibilités, notamment en ce qui concerne la coloration
et la construction des motifs sur lesquels la musique est basée.
De là découle l’improvisation, qui pour sa part
reste traditionnelle, pour enfin revenir au concept original. Les
trois morceaux ne s’inscrivant pas dans le jazz, la musique
n’appartient pas à une catégorie spécifique
; elle passe du classique au jazz, du jazz au classique, les parties
classiques influencées par le jazz et vice versa.
La première
des trois compositions achevée, Tuesday Warren est de nouveau
de départ, cette fois-ci pour la Suède où il
finit la seconde et la troisième part de son projet, et entame
son second roman reprenant ses expériences à Nice. Alors
qu’il continue ses tournées aux E.U. et en France, il
joue aussi pour la Swedish Executive Jazz Society, et finit par captiver
définitivement le monde du jazz scandinave : «
… un jazzman américain très doué, Tuesday
Warren…», commentait en mai 2001 la Swedish
Executive, « …Nous avons eu
le plaisir d’écouter plusieurs fois son saxophone «
dynamite » (…) et il va maintenant jouer avec le tromboniste
Torgny Nilsson – le meilleur en ville selon notre président…
Nous sommes restés stupéfaits devant l’inventivité
de ce jeune saxophoniste de jazz, âgé seulement de 25
ans ».
Stabilité et épanouissement
Fatigué par les déplacements, il décide finalement de se stabiliser à Paris. C’est le moment de passer à l’action. Dès son retour il s’applique à faire avancer ses nombreux projets et promouvoir sa musique.
En 2002 il enregistre Ten Poems of Hope et, peu après, Songs From The Bottom Of The Wishing Well qui sort finalement en septembre 2005 sur le label de VDS, après avoir apporté à son quartet l’invitation officielle par le Comité du Festival de la Défense à jouer au prestigieux Concours National de Jazz de la Défense le mois de juin précédant.
L’année suivante Tuesday Warren figure en interview dans le magazine Jazzhot, pendant qu’il développe une grande activité musicale dans de nombreuses formations, sur et autour de Paris, et tout en poursuivant toujours ses compositions et la mise en place de nouveaux projets.
En 2007 il commence à travailler avec Hiroshi Murayama, un pianiste japonais qui, lui aussi, vit à Paris. Dans un effort d’atteindre une plus grande intimité musicale, il réduit son quartet en duo pour l’enregistrement d’un nouvel album intitulé A Separate Peace. Les morceaux sont maintenant fondés sur l’idée de capter et recréer une certaine émotion, et c’est cette émotion qui, par la suite, a dicté tant la forme de la composition que l’approche de l’improvisation, arrivant à la fois à offrir d’avantage d’espace aux compositions et à favoriser l’interaction entre les deux musiciens.
L’enregistrement de A Separate Peace en avril 2007 est immédiatement suivi d’un autre, qui s’intitule Couleurs Vivantes et qui reprend la formation complète de quartet. Dans ce troisième projet, où l’on retrouve le même pianiste mais cette fois-ci accompagné aussi de Fabricio Nicolas à la contrebasse et Benoist Raffin dans la section rythmique, le compositeur relève pour ces créations les plus grands défis harmoniques à ce jour et fait gagner au groupe sa sélection officielle pour les finales du 17è Tremplin Jazz Européen du Festival Jazz d’Avignon de juillet 2008.
Les deux enregistrements sont des compositions originales et essentiellement jazz, mais qui, encore une fois, comportent aussi des éléments empruntés à d’autres styles musicaux.
Ensuite le groupe change d’orientation, se dirigeant maintenant vers un projet plus expérimental, inspiré à la fois par les images, la lumière, l’histoire et l’ambiance du cimetière du Père Lachaise à Paris, et par la musique médiévale religieuse. Dans une tentative de réinterprétation de celle-ci pour un quartet de jazz, avec superposition d’un solo sur une musique d’une structure similaire en termes d’harmonie et de temps, le compositeur fait ressortir le gris et l’intemporalité du cimetière dans une approche plus mélodique de la musique même.
Pour ce projet spécial, intitulé Si seulement..., le groupe se forme en quartet avec Chris Cody au piano, Bruno Rousselet à la contrebasse et de nouveau Benoist Raffin à la batterie, une formation que l’on retrouvera aussi dans l’enregistrement qui, en mai 2008, suivit le projet du Père Lachaise, et qui s’intulera One Drop Of Water.
Dans ce cinquième et tout dernier projet, Tuesday Warren, restant toujours dans l’univers de l’expérimental mais dans un esprit complétement différent, tente cette fois d’explorer en profondeur un seul et unique concept : celui de l’eau. L’idée fondamentale de ce projet consistait à la création d’une série de compositions toutes basées sur le thème de la goutte d’eau. Tous les morceaux ont commencé dans l’optique de trouver à chaque fois une façon différente d’aborder la même simple idée, qui ensuite développait la forme et l’harmonie de chacun d’eux. Les différentes perspectives du même objet ont finalement conduit à des musiques radicalement différentes mais qui cependant restent attachées au même simple élément de source.
Des projets en cours
Actuellement Tuesday Warren exerce une intense activité professorale, à la fois donnant des cours privés et organisant des stages de musique collectifs et des ateliers d’improvisation. Il est très actif dans plusieurs formations et poursuit intensivement ses projets de composition.
Son Luminescence Quartet se prépare pour retourner bientôt au studio et donner vie à deux nouveaux projets, écrits pour un quartet de jazz (saxophone, piano, contrebasse, batterie), qui sont en cours et qui, tout en restant dans l’environnement du jazz, se lancent maintenant dans un nouveau champ de son avant garde.